Musée de Valence

Le souci du comportement des usagers est une constante des architectures de Jean-Paul Philippon, quels que soient les contextes dans lesquelles elles se situent. Ce ne sont pas des objets livrés en spectacle mais des lieux élaborés pour les découvrir et y vivre. Le musée des Beaux-arts et d’Archéologie de Valence s’inscrit dans cette lignée qui va du musée d’Orsay à l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Paris-Belleville en passant par le musée La Piscine à Roubaix ou le Service des Grands Brûlés de l’Hôpital Saint-Louis.

Le contexte de Valence offrait à l’Atelier d’Architecture Jean-Paul Philippon l’opportunité de poursuivre la démarche déjà engagée sur les programmes de musée pour en faire évoluer la typologie et réaliser des lieux « de plaisir » pour le visiteur. Lieux de déambulation et de contemplation où le rapport avec les collections est choisi, consenti, intime. Visiter un musée est un moment agréable de la vie où l’esprit, la culture, la mémoire, sont sollicités au travers du regard. Les expériences de lieux comme le musée Louisiana de Copenhague ou le musée Soane de Londres montrent que cet objectif peut être atteint simplement. Ni parcours labyrinthe, ni geste spectaculaire, donc, mais contenant ouvert aux sens.

Le site 

Entre Marseille et Lyon – Massilia et Lugdunum – Valence – Valentia – fut une étape majeure de la colonisation romaine.

L’ancien Palais Episcopal de Valence fut construit au fil des siècles sur les vestiges Gallo-romains en bordure du Rhône. Le musée s’y est installé – entre cathédrale Saint Apollinaire, monument de la ville médiévale sur la place des Ormeaux, et le Champ de Mars, espace public emblématique de la ville moderne. Son assise domine vers l’Ouest la boucle du Rhône et regarde vers l’Est les contreforts du Vercors.

Ces données constituent la base du projet et génèrent ses axes de composition qui proposent un jeu inédit sur le temps et sur l’espace.

Les collections...

Le projet....

La visite du musée...

Les collections

Les collections de Beaux-arts orientées sur le thème du Paysage autour de la personnalité d’Hubert Robert, les collections d’Archéologie autour de l’objet préhistorique du « bâton calendrier » et des vestiges gallo-romains de l’ancienne cité de Valentia et de ses environs, et le bâtiment lui-même où s’accumulent les strates de constructions au fil des siècles (15e, 16e, 18e notamment), ont induit une réflexion sur la notion de parcours croisés, dans un sens ou dans l’autre, à la manière d’un jeu oulipien sur le langage. Ils ont fait naître dans le projet l’idée du parcours-palindrome, donc lisible dans les deux sens, chronologique et anti chronologique.

Le projet

C’est autour de cet axe temporel que les axes spatiaux s’organisent. Axe vertical et axes horizontaux orientés vers les points cardinaux.

L’axe vertical était déjà présent autrefois avec la tour barlongue primitive et son escalier en vis culminant en belvédère. Il a suffit de révéler cette cellule originelle du Palais Episcopal et de lui associer l’écriture contemporaine d’un escalier et d’un nouveau belvédère, créant ainsi pour les visiteurs un nouveau point culminant, permettant de découvrir Valence, le Rhône, l’Ardèche d’un côté et le Vercors de l’autre à 360°.

Entre la Place des Ormeaux sur les anciens bains gallo-romains et le vaste Champ de Mars se situait autrefois l’Odéon de Valence. C’est sur ces fragments découverts en cours de chantier que l’accueil du musée a été implanté comme un pont Nord-Sud entre Valence ancien et Valence moderne. En effet, la création d’une brèche entre le nouveau bâtiment de la documentation et conservation de la Place des Ormeaux et l’aile du musée surélevée d’une galerie contemporaine entre cour d’honneur et jardin a permis d’implanter au-dessus de l’accueil et entre place des Ormeaux et Champ de Mars un long ponton de bois à l’air libre accueillant des sculptures.

Un second axe transversal Nord-Sud est créé au premier étage du musée au-dessus de la galerie ogivale par la galerie des Beaux-arts, une grande galerie à double niveau entre la tour de la cathédrale toute proche d’un côté et le jardin, de l’autre côté.

L’axe Est-Ouest entre la Place des Ormeaux et le dégagement vers le Rhône est, depuis le 18e siècle, l’axe majeur de composition du Palais épiscopal. Cet axe est mis en valeur par le projet qui donne une force nouvelle à l’escalier principal dont les volées métalliques suspendues entre les pierres anciennes de la cage originelle mènent au nouveau belvédère en passant par le volume de la « lanterne » couronnant l’escalier.

L’architecture du projet préserve et révèle tous les éléments marquants de l’ancien Palais épiscopal. Les plafonds anciens déjà connus, comme le plafond « aux Chimères » et le plafond « sur arc déprimé » situés dans la tour barlongue et datant du début du 15e siècle, ou bien découverts en cours de travaux comme les plafonds situés au 2e étage et datant du 16e siècle.

La galerie ogivale du rez-de-chaussée, la tour barlongue et l’escalier en vis comptent parmi les éléments restaurés marquants de la visite. Mais ont aussi été restaurés les mascarons de façade datant du 18e siècle, la porte d’autel de la chapelle de Monseigneur Milon, également du 18e siècle, ainsi que les anciens parquets et l’escalier monumental en bois datant du 19e siècle.

L’architecture nouvelle s’insère donc entre ces différents fragments, les protège, dialogue avec eux et abrite un parcours libre offrant de nombreux horizons, points de vue et objets d’intérêt en arrière-plan d’une muséographie riche de son contenu diversifié.

Cette liberté de parcours s’étend aussi aux espaces extérieurs constitutifs de l’ancien palais : la cour d’honneur et le jardin.

Cette syntaxe architecturale, plaisante et complexe, guidant par exemple le regard tangentiellement à l’ancien escalier en vis et à l’ancienne tour barlongue, est nourrie par un vocabulaire contemporain qui puise son expression dans les technologies d’aujourd’hui et certaines formes issues des collections.

Ainsi le bâtiment neuf édifié place des Ormeaux associe deux teintes de béton, blanc et brun, dont les colorations entrent en résonnance avec celles de la cathédrale. Le soubassement reprend, en l’amplifiant démesurément, le graphisme d’incisions très fines du « bâton calendrier », objet-phare des collections préhistoriques.

L’échelle des ouvertures offrant au Nord une large verrière vers la cathédrale pour la salle de documentation, rompt avec les proportions d’une architecture domestique et crée un point de focalisation depuis la place des Clercs voisine. Face à la cathédrale, l’extension abritant l’exposition temporaire et la grande salle des mosaïques gallo-romaines entre les deux anciens avant-corps latéraux s’exprime de la même manière en grands plans de béton gris-brun et de verre.

Les surélévations métalliques des volumes d’origine sont discrètement traitées en parement de zinc et couverture de tuile, laissant au belvédère le soin de focaliser l’intérêt sur le point fort du projet : un pavillon de verre aérien, flottant au-dessus de la toiture d’où l’on peut admirer le panorama et duquel on sort en balcon sur le Rhône. Le belvédère est enveloppé d’une résille métallique, pare-soleil dont le dessin s’inspire d’un détail graphique d’Hubert Robert.

La visite du musée

Dans le musée, aucune des 46 salles d’exposition ne ressemble aux autres. La déambulation du visiteur est orientée à partir de l’accueil vers les collections archéologiques en remontant dans le temps depuis le haut moyen-âge jusqu’à la préhistoire en même temps que l’on monte dans le bâtiment jusqu’au belvédère. Les collections sont mises en relation avec les points de vue extérieurs : groupe cathédrale face à la cathédrale, gallo-romain et préhistoire en relation verticale avec la vallée du Rhône, Hubert Robertdans une relation verticale avec les vestiges gallo-romains, invention du paysage en regard du jardin. Les collections d’histoire naturelle sont reconstituées dans une ambiance de cabinet d’amateur visible de la place des Ormeaux. D’autres salles particulières comme le cabinet des dessins d’Hubert Robert ou la salle des papiers peints néoclassiques, ponctuent le parcours.

Architecture et signalétique sont étroitement liées. La représentation du bâton calendrier en soubassement, d’un thème végétal d’Hubert Robertdans le dessin du pare-soleil du belvédère ne sont pas les seuls signes inscrits dans l’architecture. Un peu à la manière des grandes bibliothèques du 19e siècle, l’architecture trouve un intérêt à signifier le contenu, non pas dans le style « architecture – canard » où le contenu deviendrait lui-même la forme du projet, mais dans une transcription didactique qui en nourrit l’ornementation. Ainsi l’indispensable rappel de l’Odéon devient-il une arabesque, des tracés d’archéologue, gravée au sol de l’accueil, les flamands roses de la salle animalière ornent la grande verrière verticale du sas, la forme de l’escalier en vis tracée au sol permet d’en imaginer le volume complet…